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mardi 27 mars 2007

Résister aux évangélisateurs du Web 2.0 (2)

Cette note est la suite de celle-ci.

Du point de vue de la création [1], qui est celui qui m’intéresse ici, les critiques que je suis tentée de faire, pour ma part, aux produits et services du Web 2.0, sont les suivantes :

1. La question du « carcan » :

  • d’une façon générale, ces outils sont très contraignants du point de vue de ce qu’on peut faire avec (je veux dire : en dehors de ce qui est prévu par l’outil). Ils laissent peu de place aux contournements et aux détournements. Et donc leur potentiel comme outils de création me paraît limité pour ne pas dire inexistant. Ils nous mettent dans un carcan duquel il me semble difficile de s’extraire pour faire autre chose que ce qui est prévu avec.
  • quelque chose comme Myspace, par exemple, en plus d’avoir une interface hideuse, ne me paraît pas laisser l’opportunité de contourner cette interface.

2. La question de ce que ces sites apportent vraiment : personnellement, je n’ai pas choisi (au moins pour l’instant) d’utiliser les sites de partage de vidéos (type Dailymotion, Youtube) pour les raisons suivantes :

  • je n’en ai pas besoin ; c’est assez simple de mettre de la vidéo en ligne sur un site perso ou un blog (il faut néanmoins remplir quelques conditions comme disposer d’une taille d’hébergement suffisante);
  • la contrepartie c’est-à-dire le contrat qu’il faut accepter pour utiliser ces sites de partage est bien trop déséquilibré, en faveur du fournisseur du service et en défaveur de l’utilisateur. Cela n’en vaut donc pas la peine.

3. La question de l’audience :

  • Evidemment on n’a pas la même audience potentielle en mettant ses vidéos en ligne « dans son coin » ou en les mettant sur Youtube. Cette question se discute néanmoins. Youtube peut être vu comme un immense hypermarché de la vidéo, certes. Mais à quoi bon être perdue au fin fond des millions de vidéos emmagasinées indistinctement par Youtube ? Je ne pense pas que mes vidéos intéressent le monde entier et si au final c’est pour être vue par le petit réseau d’amis au sens de Myspace ou par la communauté au sens de YouTube, autant mettre mes vidéos en ligne dans mon coin. De toute façon elles finiront bien par être vues un jour ou l’autre, et si elles ont un intérêt pour quelqu’un, elles trouveront bien leur public (qui n’est pas forcément très étendu).
  • Je ne suis pas sûre que les sites de partage n’agissent pas comme un filtre et donc comme un écran (par le biais de leurs indexations, leurs tags, leurs votes et autres formes de classement …). Je veux dire par là qu’un certain nombre d’objets sont mis en avant, par les systèmes de notations et de votes (le nombre de fois où les vidéos sont vues etc) certes mais cela implique que d’autres sont renvoyés vers le fond (comme partout ; à ces jeux-là, tout le monde ne peut pas être gagnant tout simplement).
  • Que se passe-t-il si on n’utilise pas les sites de partage ? Mises en ligne de façon autonome, les vidéos sont susceptibles d’être vues au hasard d’une recherche sur un moteur de recherche ou au hasard d’un fil que l’on aura tiré (suite de liens). Cela correspondra à ce qui était cherché ou pas. Cela plaira ou pas. Mais dans tous les cas l’internaute qui tombera dessus par hasard, le fera sans passer par un filtre tel que décrit au point précédent. Donc, d’une certaine façon, il n’est pas impossible que ce mode de publication ne donne pas plus d’ouverture finalement.
  • Enfin on sait bien que « trop d’info tue l’info ». Donc la profusion organisée par l’idéologie du Web 2.0 ne me convainc pas et je n’y vois pas mon intérêt encore une fois.

4. La question des contrats proposés et/ou imposés par ces sites contre le service qu’ils rendent :

Je citerai à titre d’exemple le contrat de Dailymotion [2] : où l’on voit que Dailymotion s’octroie le droit de puiser dans les vidéos qui lui sont confiées, pour ses propres usages définis comme illimités en termes de supports, de diffusion …etc… y compris le droit de couper, monter, démonter, remonter les vidéos … C’est donc une gigantesque banque d’images qu’ils se constituent sans la moindre rémunération des filmeurs. Cette tendance à considérer les vidéos qui leur sont confiées comme une gigantesque banque d’images à disposition, me semble assez répandue dans les contrats des sites de partage de vidéo (ceux que j’ai regardé).

5. Enfin, il faudrait aussi comprendre que ces outils ne sont pas faits pour être des outils de création mais plutôt des outils de quadrillage du monde par le numérique. Il y a donc peu de chances qu’ils puissent servir à autre chose. Ceci dit, je ne demande qu’à voir.

Notes

[1] Il s’agit ici de s’interroger sur les outils du Web 2.0 comme outils de création (et non comme de simples outils de publication et/ou d’échanges et encore moins comme des outils pour l’entreprise), puisque c’était l’une des questions posées lors de cette conférence sur le Web 2.0 à VidéoFormes.

[2] Puisque le patron de Dailymotion devait être présent à la conférence mais finalement il n’est pas venu.

dimanche 25 mars 2007

Résister aux évangélisateurs du Web 2.0 (1)

Il y a quelques jours, dans le cadre de Vidéoformes 2007 (festival vidéo de Clermont-Ferrand), j’ai assisté à une conférence sur le Web 2.0, animée par le groupe des Explorateurs du Web.

Je retranscris ci-dessous quelques réflexions que m’a inspirées cette manifestation. Je précise que je n’ai pas la volonté ni la capacité d’avoir une vision exhaustive sur la question du Web 2.0; il s’agit uniquement de mes réflexions, un peu « en vrac », sur quelques points et propos entendus.

Cette conférence pouvait se résumer par deux axes :

  1. présenter les outils/produits les plus connus du Web 2.0 à savoir les Flickr, Youtube, Dailymotion, del.icio.us … etc …
  2. porter la bonne parole auprès d’une assistance qui était censée ne rien y connaître et qu’il convenait donc d’éduquer à la question.

Signalons d’abord que ce fut, pour moi, l’occasion d’entendre quelques propos stupéfiants :
« Les livres sont morts. Les maîtres sont morts. N’attendez plus rien de vos professeurs! » s’écria à un moment l’un des Explorateurs, l’enthousiaste Mr Frédéric Soussin, en réponse à une question de la salle. [1]

Ah bon ? Les livres sont morts ? Et on ne m’en avait rien dit ?!
… sans doute sont-ils remplacés par les coach, les consultants et autres gourous free-lance (ou pas) du Web !

« Mais que deviennent les droits d’auteur [de nos créations] sur tous ces sites de partage ? » s’inquiéta une jeune femme de l’assistance. Nous étions dans un festival de vidéo et donc je suppose que la salle devait contenir un certain nombre de vidéastes, photographes …etc … enfin bref des producteurs de contenus (pour parler le langage de l’industrie).
Réponse (en résumé et de mémoire) de Mr Soussin, toujours aussi sûr de lui : « Les droits d’auteur sont dépassés et morts. A l’avenir les artistes gagneront de l’argent avec des produits dérivés [de leur art] ». A l’appui de ces dires, un autre intervenant (un Explorateur ?) fit remarquer que les droits d’auteur remontent au 18eme siècle. C’est dire s’ils sont dépassés !

Ah bon ? Quels produits dérivés ? Mr Soussin ne sait pas ; mais c’est pas grave, je suppose … tant que les « meta-consultants » font leur beurre ! Pour les artistes (ou ceux qui « produisent des contenus dans leur coin ») on verra plus tard.

La suite : ici.

Notes

[1] Il faut dire que les mêmes sont aussi les chantres du e-learning rebaptisé micro-learning et micro-pédagogie pour les besoins de la cause.

mercredi 29 novembre 2006

Ce que l'on a et où l'on est

Il s'agit désormais non seulement de faire avec ce que l'on a (à disposition) mais aussi de faire depuis l'endroit où l'on est.

mardi 10 octobre 2006

Contre l'esthétique du flou !

Il s’agit ici de coucher quelques notes sur deux ou trois choses qui me chiffonnent.

On entend beaucoup parler de la picturalité de l’image des téléphones portables. Certes. Il suffit de regarder Perle (Marguerite Lantz, 2eme prix du Festival Pocket Film 2006), un petit bijou auquel j’aurais, pour ma part, donné le 1er prix, pour l’intelligence avec laquelle la réalisatrice exploite cette proximité et parce que c’est très beau. (De plus alors que tous les autres films vus m’ont paru trop longs, celui-ci est parfait).

Rappelons que cette picturalité tient à une « mauvaise qualité » de l’appareil (l’optique, le capteur, la compression …) [1]; qui entraîne une « pixellisation » de l’image et un effet de flou une fois que la vidéo est passée par l’algorithme de compression.

On entend dire aussi qu’il est très regrettable que cette picturalité soit destinée à disparaître du fait que la fonction vidéo embarquée dans les portables, s’améliore de jour en jour. D’ici six mois, un an, nous aurons, nous dit-on, la même qualité qu’avec un caméscope DV et donc la « froideur » qui va avec.

Déjà les portables prêtés par le Forum des Images en 2006 (pour le Festival Pocket Films) sont nettement meilleurs, dans leur fonctionnalité d’outil vidéo, que ceux prêtés en 2005 ; donc en fait (d’un avis qui me paraît assez général) ils sont plus mauvais (moins intéressants disons) vu qu’en étant meilleurs en précision de l’image, ils perdent « en picturalité », « en grain », « en chair de l’image » ai-je entendu.

C’est bien possible que cela soit regrettable.

Néanmoins, il me vient plusieurs remarques :

1. La picturalité de l’image vidéo des téléphones étant due à une mauvaise qualité voire à la compression en 3gp, il doit être facile de la reproduire après coup sur une image de meilleure qualité, en la dégradant avec un algorithme de compression. Il existe les logiciels freeware nécessaires pour faire cela assez simplement, les mêmes que ceux qui permettent de convertir de la vidéo d’un format à un autre, pour une diffusion sur internet par exemple. Par ailleurs s’il y a un marché, les fabricants pourront proposer une telle fonction « filtre dégradeur » embarquée dans le téléphone. Cela existe sur les caméscopes (filtre « mosaïque » : par exemple celui que j’ai utilisé ici couplé avec une compression (après capture) volontairement de mauvaise qualité (comme me le fait remarquer un commentateur …)).

Donc en fait on ne perd rien : il est très facile de dégrader un signal ; c’est l’inverse qui n’est pas possible (c’est-à-dire ajouter de l’information là où il n’y en a pas).

2. Je sais bien qu’on n’arrête pas le progrès, mais, sans vouloir trop faire de mauvais esprit, je trouve bizarre d’acheter un téléphone pour faire de la peinture avec.

3. Pour ma part, sauf cas exceptionnel, accident ou expérience particulière, il ne me viendrait pas à l’idée de faire volontairement des vidéos à l’image floue ou de faire des photos flous (si je faisais de la photo mais je n’en fais pas). D’ailleurs j’attends que les téléphones-vidéo soient de bonne qualité pour éventuellement en acquérir un. Si je me laisse tenter, je l’achèterai pour sa qualité principale à mes yeux, la miniaturisation. Je m’en servirai pour filmer là où c’est a priori impossible/difficile, l’entreprise par exemple. Et tous les endroits où on nous vend la « circulation des images » tout en diffusant des messages comme quoi « il est interdit d’enregistrer images et sons pour protéger les droits des artistes », lors de simples tables rondes …

4. Un certain nombre de films vus au Festival Pocket Films fonctionnent sur le même principe : pas de mise en scène mais captation d’un réel saisi dans le cadre de la vie du réalisateur (mariage, ballades, voyages, discothèques …) puis construction d’une histoire qui « n’a rien à voir » et qui se raconte et s’impose par le truchement de l’écrit (cartons ou textes en surimpression ; ce pourrait être fait avec une voix off). D’abord il me semble que si les images n’étaient pas floues, cela ne fonctionnerait pas. Le flou des images leur donne un caractère indéterminé (très légère indétermination quand même, on voit bien qu’on est dans une discothèque ou qu'il s'agit d'un mariage, mais on veut bien jouer le jeu). Le problème c’est que si on ne joue plus le jeu, on se désintéresse de ce qui est raconté …

Sans très bien arriver à mettre les mots sur ce qui me gène là-dedans, cela me pose problème. Il me semblait que les images devaient servir à montrer. Cela a l’air bête. Mais montrer une chose et dire que c’en est une autre, pour moi cela ne va pas de soi. Evidemment le cinéma ne fait que cela, me dira-t-on [2]. Mais il construit la fiction par la mise en scène et non par des subterfuges.

Là encore c’est bête à dire : mais se complaire dans le flou, c’est se complaire dans le brouillard. Ce goût général pour les images floues doit bien avoir un sens, au niveau de la société je veux dire.

Un monde flou cela existe, c’est celui que voient les myopes. Cà y est, j’y suis. C’est parce que je suis myope que je sais qu’il n’est pas enviable de se déplacer dans le brouillard.

Notes

[1] Je ne sais pas très bien quel(s) est(sont) l’(les) élément(s) de la chaîne (optique, capteur, compression 3gp ou autre) qui a tel ou tel impact sur l’image obtenue mais je ne pense pas que cela change quelque chose à l’affaire. Disons que c’est la chaîne vidéo dans son ensemble.

[2] En me relisant, il me vient à l’idée que c’est plutôt la publicité qui fait cela.

dimanche 25 juin 2006

Pourquoi faire une image ?

1. Pourquoi faire une image ?
Pour quoi faire une image ?
Pour qui faire une image ?

2. Je m'aperçois qu'il y a une chose encore plus intéressante (autant disons) que d'enregistrer des images; c'est d'enregistrer du son.

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