Si Ségolène Royal est élue le 6 mai 2007, ce sera un jour historique pour tous et un jour majeur dans l’histoire des femmes.

Bien sûr, d’un point de vue féministe, à mes yeux, elle est loin de la candidate idéale : ses valeurs « travail, famille, patrie » sont éloignées des miennes et elles rappellent plus les valeurs de Pétain que les idéaux féministes.

Non, je n’ai pas voté pour elle dès le 1er tour car j’ai préféré une autre femme[1] et je n’ai pas voulu céder, cette fois-ci, au chantage du vote utile (j’ai cédé au vote utile en 2002 mais on ne peut pas le faire à chaque fois).

Bien sûr, j’aurai préféré qu’elle donne à sa candidature une couleur féministe au lieu de ce positionnement de mère de famille, qui craint un peu, il faut bien le dire.

Bien sûr ce faisant, elle n’a rien fait pour avoir le soutien des féministes et donc pour que se crée un élan du vote des femmes en sa faveur. Chose que je ne m’explique pas bien car les femmes représentent plus de la moitié de l’électorat. Je ne comprends pas qu’elle n’ait pas compris qu’il pouvait y avoir dans le vote des femmes un enjeu important pour elle et qu’elle ne se soit pas appuyée sur cet axe, en plus des autres axes programmatiques qu’elle pouvait donner à sa campagne[2].

Bien sûr, j’ai constaté le silence des intellectuelles féministes. Je n’en ai entendu aucune prendre position pour elle. Je pense à des intellectuelles comme Geneviève Fraisse, Michelle Perrot, Marie-Jo Bonnet, Michèle Le Doeuff … et toutes celles qui ne me viennent pas immédiatement à l’esprit ou que je ne connais pas. Alors que, du coté des hommes, cela se fait de soutenir publiquement des candidats et de prendre position à grands renforts de textes dans les pages « Rebonds » ou « Débats » des journaux, les intellectuelles féministes sont restées silencieuses[3].

Bien sûr, il ne s’agit pas de voter pour une femme en raison de son sexe. Et je ne voterais pas pour n’importe quelle femme. Mais Royal n’est pas une Thatcher !

Aujourd’hui, malgré toutes les critiques que je pourrais lui adresser, il me semble qu’il y a dans sa potentielle élection, un enjeu pour nous les femmes. Je ne pensais pas la même chose il y a seulement un mois : je me disais alors qu’il n’y avait pas d’enjeu féministe dans le vote Royal (du fait de son positionnement sur ce terrain). J’ai évolué. Et j’ai évolué parce que l’échéance approche et que devant la possibilité d’élire une femme Présidente de la République, je ne peux pas rester indifférente.

Il me semble qu’il y a, à voir des femmes occuper des postes où on ne les imagine pas, un aspect symbolique fort. Et il ne faut pas négliger le niveau symbolique. Il ne faut pas négliger ce que cela peut changer et entraîner en termes d’évolution des mentalités.

Tant qu’il n’y aura pas eu une première femme à ce(s) poste(s)-là, cela restera de l’ordre de l’inimaginable, de l’inconcevable, de l’impensable. Et toutes celles qui voudront s’y frotter, auront droit à des procès préalables en incompétence, en ceci ou en cela. Procès que l’on ne fait pas aux hommes qui ont, eux, depuis toujours, le droit de prétendre à occuper la fonction suprême et un tas d’autres.

Alors ne boudons pas notre plaisir de voir une femme accéder au second tour de la Présidentielle. Et si Ségolène Royal est élue le 6 mai, ne boudons pas notre plaisir de voir une femme devenir Présidente de la République française.

Faisons un rêve nous aussi : et si le 7 mai 2007, environ une soixantaine d’années après que nous ayons obtenu le droit de vote, on se réveillait avec une femme Présidente de la République ?

Pour que ce rêve se réalise, il faut voter et il faut voter pour elle, Ségolène Royal.

Mise à jour du 27/04/07 :
Après recherche, j'ai trouvé ce texte qui m'avait échappé, par Eliane Viennot dans Libération du 20/11/2006.

Notes

[1] Une candidate qui ferait une excellente présidente à mon avis mais elle obtient moins de 2% des voix.

[2] Bon, la seule explication que je vois c’est qu’elle n’a pas vraiment la fibre féministe chevillée au corps, pour reprendre son expression (sur un autre sujet).

[3] Silence qui contribue à mon propre malaise et à ma propre difficulté à me situer.