J'attends quelqu'un (Jérôme Bonnell - 2007)
Par B.Gonzalez, dimanche 1 avril 2007 à 12:39 - Cinéma - Notes - #127
Je m’étais dit que je n’en parlerai pas. Après tout, il sort de très mauvais films tous les jours, à longueur d’année. De plus, j’écris peu sur les films que je vois. Alors pourquoi celui-là et pas d’autres ?
C’est quand j’ai vu la scène dans la voiture que j’ai changé d’avis; celle-là, je me suis dit, elle décroche le pompon, comme on dit, un peu vulgairement. C’est tout à la fin du film, quand JP. Daroussin et Florence Loiret discutent dans la voiture à l’arrêt, toutes vitres fermées. La caméra est sur le capot avant ; nous aussi ; et on entend parfaitement leur conversation, comme si on était dans l’habitacle. Le pare-brise est sale ; on a tout le loisir de se dire qu’on est dehors (par l’image) mais qu’on est dedans quand même (par le son). C’est bien, on est partout ! Cela produit un effet d’étrangeté. Très étrange. « C’est peut-être un film expérimental » me dis-je alors méchamment … mais non … je rigole.
Déjà, dans la scène « intimiste » où E. Devos et Sylvain Dieuaide boivent un verre dans la cuisine, j’avais trouvé que pour un cinéaste qui nous est vendu comme le cinéaste de l’intime, c’était pas très heureux de filmer ses personnages à travers une vitre[1] depuis l’extérieur de la cuisine ; la raison en étant probablement qu’il n’a pas trouvé ou su comment placer sa caméra à l’intérieur de la cuisine pourtant pas si exiguë que cela mais surtout encombrée d’une grande table. Ou plutôt non, Bonnell ne se pose pas la question ; puisque la suite le prouvera. Pof ! Il pose la caméra là où il y a du vide. Et quand il n’y en a pas, comme dans la scène où ils montent la table dans les escaliers et la petite scène qui suit, il filme les visages en gros plan.
En plus d’être « un vrai cinéaste de l’intime », j’avais lu[2] avant de voir le film (mais j’aime bien me faire une idée par moi-même) qu’il est aussi celui d’une « écriture remarquable d’intelligence et d’émotion » en référence aux dialogues du film. Je n’en donnerai qu’un seul exemple : « […] moi je m’occupe des plus belles. » dit Darroussin alors qu’il est en train de vider sa poubelle et que des jeunes filles entrent dans son bistrot. Je n’avais pas entendu ce jeu de mot éculé depuis au moins trente ans ! (bon, çà plaira dans les maisons de retraite …).
Des dialogues indigents ; des échanges de bistrot, le bistrot qui très artificiellement est le lieu central qui permet aux personnages de se croiser ou de se rencontrer. Mais ce n’est pas parce que tous iront au café boirent une bière et échanger trois banalités que cela fait une histoire qui tient la route.
Une façon de cadrer les visages en gros plan en coupant à partir du front et que je n’aime pas. Cet aspect m’avait déjà heurtée dans le film de Caravaca (« Le passager ») chez qui c’était plus marqué et systématique.
La répétition au moins quatre fois de la même saynète autour de la lecture de « L’éducation sentimentale » par Daroussin en changeant l’interlocuteur. C’est passable la première fois. Mais répété quatre fois et sans variation, çà lasse …
La jeune femme aux chiens qui est juste là, si j’ai bien compris, parce que le réalisateur n’a pas voulu laisser sur le carreau l’actrice de ces précédents films moins starisés mais pour laquelle il n’avait pas de rôle cette fois-ci. Bon …
Enfin bref, ce film est tellement mauvais que c’est honteux, tout simplement.
Il confirme mon principe selon lequel il faut craindre le pire de ces films dont le point de départ est une idée de scène ou de séquence (éventuellement déjà vendue dans un court) qu’on rallonge par adjonction d’historiettes et de personnages qu’on va imbriquer comme on pourra, un peu comme on rallonge une soupe …
P.S : Je me demande si Didier Péron, dans Libération du 21/03/2007, a fait exprès de nous préciser dès le début de l’entretien, que la mère de Bonnell, travaille pour le CNC et que son père est un ancien vice-président de Studio Canal. Ce serait en quelque sorte le coup de pied de l’âne. En même temps, c’est un peu lâche comme procédé.
Alors quand il y en a pour trouver « réjouissant que ce cinéma là ("du centre" comme dirait Pascale Ferran) ait encore les moyens de se faire en France »[3], je me dis qu’il y a quelque chose qui ne tourne pas rond et aussi qu’ils se foutent un peu de notre gueule, ceux qui écrivent professionnellement sur le cinéma …



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