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jeudi 26 avril 2007

Battre les machos !

Si Ségolène Royal est élue le 6 mai 2007, ce sera un jour historique pour tous et un jour majeur dans l’histoire des femmes.

Bien sûr, d’un point de vue féministe, à mes yeux, elle est loin de la candidate idéale : ses valeurs « travail, famille, patrie » sont éloignées des miennes et elles rappellent plus les valeurs de Pétain que les idéaux féministes.

Non, je n’ai pas voté pour elle dès le 1er tour car j’ai préféré une autre femme[1] et je n’ai pas voulu céder, cette fois-ci, au chantage du vote utile (j’ai cédé au vote utile en 2002 mais on ne peut pas le faire à chaque fois).

Bien sûr, j’aurai préféré qu’elle donne à sa candidature une couleur féministe au lieu de ce positionnement de mère de famille, qui craint un peu, il faut bien le dire.

Bien sûr ce faisant, elle n’a rien fait pour avoir le soutien des féministes et donc pour que se crée un élan du vote des femmes en sa faveur. Chose que je ne m’explique pas bien car les femmes représentent plus de la moitié de l’électorat. Je ne comprends pas qu’elle n’ait pas compris qu’il pouvait y avoir dans le vote des femmes un enjeu important pour elle et qu’elle ne se soit pas appuyée sur cet axe, en plus des autres axes programmatiques qu’elle pouvait donner à sa campagne[2].

Bien sûr, j’ai constaté le silence des intellectuelles féministes. Je n’en ai entendu aucune prendre position pour elle. Je pense à des intellectuelles comme Geneviève Fraisse, Michelle Perrot, Marie-Jo Bonnet, Michèle Le Doeuff … et toutes celles qui ne me viennent pas immédiatement à l’esprit ou que je ne connais pas. Alors que, du coté des hommes, cela se fait de soutenir publiquement des candidats et de prendre position à grands renforts de textes dans les pages « Rebonds » ou « Débats » des journaux, les intellectuelles féministes sont restées silencieuses[3].

Bien sûr, il ne s’agit pas de voter pour une femme en raison de son sexe. Et je ne voterais pas pour n’importe quelle femme. Mais Royal n’est pas une Thatcher !

Aujourd’hui, malgré toutes les critiques que je pourrais lui adresser, il me semble qu’il y a dans sa potentielle élection, un enjeu pour nous les femmes. Je ne pensais pas la même chose il y a seulement un mois : je me disais alors qu’il n’y avait pas d’enjeu féministe dans le vote Royal (du fait de son positionnement sur ce terrain). J’ai évolué. Et j’ai évolué parce que l’échéance approche et que devant la possibilité d’élire une femme Présidente de la République, je ne peux pas rester indifférente.

Il me semble qu’il y a, à voir des femmes occuper des postes où on ne les imagine pas, un aspect symbolique fort. Et il ne faut pas négliger le niveau symbolique. Il ne faut pas négliger ce que cela peut changer et entraîner en termes d’évolution des mentalités.

Tant qu’il n’y aura pas eu une première femme à ce(s) poste(s)-là, cela restera de l’ordre de l’inimaginable, de l’inconcevable, de l’impensable. Et toutes celles qui voudront s’y frotter, auront droit à des procès préalables en incompétence, en ceci ou en cela. Procès que l’on ne fait pas aux hommes qui ont, eux, depuis toujours, le droit de prétendre à occuper la fonction suprême et un tas d’autres.

Alors ne boudons pas notre plaisir de voir une femme accéder au second tour de la Présidentielle. Et si Ségolène Royal est élue le 6 mai, ne boudons pas notre plaisir de voir une femme devenir Présidente de la République française.

Faisons un rêve nous aussi : et si le 7 mai 2007, environ une soixantaine d’années après que nous ayons obtenu le droit de vote, on se réveillait avec une femme Présidente de la République ?

Pour que ce rêve se réalise, il faut voter et il faut voter pour elle, Ségolène Royal.

Mise à jour du 27/04/07 :
Après recherche, j'ai trouvé ce texte qui m'avait échappé, par Eliane Viennot dans Libération du 20/11/2006.

Notes

[1] Une candidate qui ferait une excellente présidente à mon avis mais elle obtient moins de 2% des voix.

[2] Bon, la seule explication que je vois c’est qu’elle n’a pas vraiment la fibre féministe chevillée au corps, pour reprendre son expression (sur un autre sujet).

[3] Silence qui contribue à mon propre malaise et à ma propre difficulté à me situer.

dimanche 8 avril 2007

Pseudo

Abandon du pseudo (lilith).
A modifier éventuellement dans mes commentaires.

mercredi 4 avril 2007

Coup de foudre pour « Prototype (God Bless America) » de Martha Rosler

J’ai découvert cette vidéo à Beaubourg lors d’une séance de la série « Vidéo et après », celle du 26 mars.

Cette pièce de 2006 était projetée en boucle avant la séance. Ce n’est qu’une fois installée à ma place et ayant rangé mes affaires, que mon attention s’est réellement portée sur elle.

Comme au départ je regardais distraitement, j’ai d’abord pensé qu’il y avait plusieurs séquences présentant des variantes et qu’au départ la jambe de pantalon n’était pas remontée. J’ai même douté avoir vu le poupon habillé en soldat depuis le début. Une fois captivée par ce que je voyais, il est apparu que la vidéo se compose d’une seule séquence relativement courte (1 minute après vérification), qui nous était montré en boucle. C’est donc progressivement que cette séquence m’est apparu en entier jusqu’à totalement me capturer.

Si je situe bien le début, c’est d’abord la tête casquée de la poupée qui est cadrée en gros plan et c’est progressivement que la caméra descend et dévoilera son corps en entier. Au début, je me suis demandée un peu qu’est-ce que c’est que çà ? je dois dire que ma mère a une poupée semblable en version Père Noël tenant une trompette et qui joue donc un air de Noël lorsqu’on appuie sur le gros bouton rouge sur le socle …

A un moment, la caméra s’éloigne pour nous montrer l’environnement, notamment un moniteur vidéo sur la gauche (le moniteur qui est le lieu privilégié auquel sont destinées les vidéos de Martha Rosler). Puis la caméra descend le long du poupon tandis que nous découvrons la jambe mécanique, jusqu’au genou. Sur le socle, deux petits drapeaux américains sont peints de part et d’autre du titre « God Bless America » que le poupon-soldat-musicien joue sans interruption.

Par une idée, une intuition (être attirée par cet objet « made in china » vendu quelques dollars à la boutique du coin, et s’en emparer), par un geste (retrousser le pantalon) et en une minute de vidéo, Martha Rosler nous projette en pleine guerre (d’Irak) et c’est très fort.
Alors que cet objet de consommation courante est fabriqué pour soutenir, développer le sentiment patriotique (et/ou guerrier) dans la population, c’est la réalité de la guerre qui est renvoyée aux américains dans son aspect le plus inacceptable pour eux, à savoir le sacrifice de leurs soldats.

dimanche 1 avril 2007

J'attends quelqu'un (Jérôme Bonnell - 2007)

Je m’étais dit que je n’en parlerai pas. Après tout, il sort de très mauvais films tous les jours, à longueur d’année. De plus, j’écris peu sur les films que je vois. Alors pourquoi celui-là et pas d’autres ?

C’est quand j’ai vu la scène dans la voiture que j’ai changé d’avis; celle-là, je me suis dit, elle décroche le pompon, comme on dit, un peu vulgairement. C’est tout à la fin du film, quand JP. Daroussin et Florence Loiret discutent dans la voiture à l’arrêt, toutes vitres fermées. La caméra est sur le capot avant ; nous aussi ; et on entend parfaitement leur conversation, comme si on était dans l’habitacle. Le pare-brise est sale ; on a tout le loisir de se dire qu’on est dehors (par l’image) mais qu’on est dedans quand même (par le son). C’est bien, on est partout ! Cela produit un effet d’étrangeté. Très étrange. « C’est peut-être un film expérimental » me dis-je alors méchamment … mais non … je rigole.

Déjà, dans la scène « intimiste » où E. Devos et Sylvain Dieuaide boivent un verre dans la cuisine, j’avais trouvé que pour un cinéaste qui nous est vendu comme le cinéaste de l’intime, c’était pas très heureux de filmer ses personnages à travers une vitre[1] depuis l’extérieur de la cuisine ; la raison en étant probablement qu’il n’a pas trouvé ou su comment placer sa caméra à l’intérieur de la cuisine pourtant pas si exiguë que cela mais surtout encombrée d’une grande table. Ou plutôt non, Bonnell ne se pose pas la question ; puisque la suite le prouvera. Pof ! Il pose la caméra là où il y a du vide. Et quand il n’y en a pas, comme dans la scène où ils montent la table dans les escaliers et la petite scène qui suit, il filme les visages en gros plan.

En plus d’être « un vrai cinéaste de l’intime », j’avais lu[2] avant de voir le film (mais j’aime bien me faire une idée par moi-même) qu’il est aussi celui d’une « écriture remarquable d’intelligence et d’émotion » en référence aux dialogues du film. Je n’en donnerai qu’un seul exemple : « […] moi je m’occupe des plus belles. » dit Darroussin alors qu’il est en train de vider sa poubelle et que des jeunes filles entrent dans son bistrot. Je n’avais pas entendu ce jeu de mot éculé depuis au moins trente ans ! (bon, çà plaira dans les maisons de retraite …).

Des dialogues indigents ; des échanges de bistrot, le bistrot qui très artificiellement est le lieu central qui permet aux personnages de se croiser ou de se rencontrer. Mais ce n’est pas parce que tous iront au café boirent une bière et échanger trois banalités que cela fait une histoire qui tient la route.
Une façon de cadrer les visages en gros plan en coupant à partir du front et que je n’aime pas. Cet aspect m’avait déjà heurtée dans le film de Caravaca (« Le passager ») chez qui c’était plus marqué et systématique.
La répétition au moins quatre fois de la même saynète autour de la lecture de « L’éducation sentimentale » par Daroussin en changeant l’interlocuteur. C’est passable la première fois. Mais répété quatre fois et sans variation, çà lasse …
La jeune femme aux chiens qui est juste là, si j’ai bien compris, parce que le réalisateur n’a pas voulu laisser sur le carreau l’actrice de ces précédents films moins starisés mais pour laquelle il n’avait pas de rôle cette fois-ci. Bon …

Enfin bref, ce film est tellement mauvais que c’est honteux, tout simplement.

Il confirme mon principe selon lequel il faut craindre le pire de ces films dont le point de départ est une idée de scène ou de séquence (éventuellement déjà vendue dans un court) qu’on rallonge par adjonction d’historiettes et de personnages qu’on va imbriquer comme on pourra, un peu comme on rallonge une soupe …

P.S : Je me demande si Didier Péron, dans Libération du 21/03/2007, a fait exprès de nous préciser dès le début de l’entretien, que la mère de Bonnell, travaille pour le CNC et que son père est un ancien vice-président de Studio Canal. Ce serait en quelque sorte le coup de pied de l’âne. En même temps, c’est un peu lâche comme procédé.

Alors quand il y en a pour trouver « réjouissant que ce cinéma là ("du centre" comme dirait Pascale Ferran) ait encore les moyens de se faire en France »[3], je me dis qu’il y a quelque chose qui ne tourne pas rond et aussi qu’ils se foutent un peu de notre gueule, ceux qui écrivent professionnellement sur le cinéma …

Notes

[1] C’est toute la cloison de séparation entre la cuisine et le couloir qui est vitrée, mis à part une ouverture pour la porte.

[2] Sur Contrechamp : ici.

[3] Sur Contrechamp : ici.

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